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Dans quel ordre recruter son équipe marketing

Une équipe mal séquencée coûte plus cher qu'une équipe incomplète. Le premier recrutement décide de la valeur de tous les suivants.

Par Gaëtan Chardon, CMO · Mis à jour le 30 août 2026

En bref

Recrutez d'abord le poste qui débloque le goulot actuel, pas celui qui manque le plus dans l'organigramme théorique. Dans la plupart des entreprises qui vendent en ligne, l'ordre efficace commence par la production de contenu publicitaire, puis l'acquisition, puis la conversion, et enfin le pilotage. Une équipe complète sans personne pour arbitrer produit de l'activité, pas de la croissance.

Les entreprises qui montent une équipe marketing recrutent presque toujours dans le désordre. Elles copient un organigramme vu ailleurs, ouvrent les postes qui manquent visuellement, et découvrent après six mois que personne ne sait dire ce que l'équipe a produit.

L'ordre compte plus que la complétude, pour une raison mécanique : chaque recrutement ne vaut que si le précédent lui a créé du travail utile.

Recruter le goulot, pas le trou dans l'organigramme

Un organigramme montre ce qui manque. Vos chiffres montrent ce qui bloque. Ce ne sont pas les mêmes informations, et seule la seconde justifie une dépense.

Posez trois chiffres avant d'écrire une annonce. Combien de personnes arrivent chez vous chaque mois. Quelle proportion d'entre elles achète. Combien vous coûte l'acquisition d'un client par rapport à ce qu'il rapporte.

Le poste à ouvrir se déduit de ces trois chiffres :

Ce que disent vos chiffres Le goulot réel Le poste qui le lève
Peu de trafic, bonne conversion Le volume en entrée Acquisition payante ou contenu
Beaucoup de trafic, faible conversion Le message et le parcours Copywriting et tunnel
Bonne conversion, marge faible L'offre et le prix Personne : c'est un arbitrage de direction
Tout fonctionne mais rien ne tient dans le temps La production Contenu et créa publicitaire
Chaque canal tire dans son sens L'arbitrage Direction marketing

Ce tableau évite l'erreur la plus fréquente, qui consiste à recruter un profil d'acquisition alors que le problème est de conversion. On paie alors quelqu'un pour amener plus de gens vers une page qui les perd.

L'ordre qui fonctionne dans la plupart des cas

Pour une entreprise qui vend en ligne et qui a déjà une offre qui se vend, l'ordre suivant produit le meilleur rendement par recrutement.

Premier, la production de contenu publicitaire. C'est le poste le plus sous-estimé. Un compte publicitaire consomme des angles, et le plafond de la plupart des entreprises n'est pas budgétaire, il est éditorial. Quelqu'un qui produit des scripts et des créas au rythme où l'audience les consomme débloque tout le reste.

Deuxième, l'acquisition. Une fois qu'il y a de la matière à diffuser, quelqu'un qui structure les comptes, arbitre les budgets et lit les bons chiffres. Recruter ce poste en premier, sans matière à diffuser, produit un acheteur d'espace qui tourne à vide.

Troisième, la conversion. Pages, séquences, argumentaires. Ce poste augmente la valeur de tout le trafic déjà acheté, ce qui en fait le recrutement au meilleur effet de levier une fois que le volume existe.

Quatrième, le pilotage. Quand trois personnes ou plus travaillent en parallèle, les arbitrages commencent à se contredire. C'est le moment où une direction marketing devient rentable, et pas avant.

Cet ordre n'est pas universel. Une entreprise dont l'offre change souvent, ou qui vend par événements, met la conversion plus tôt. Le principe, lui, ne bouge pas : chaque poste doit hériter d'un travail que le précédent a rendu possible.

Quand une direction marketing devient nécessaire

Trois signaux, et il suffit que deux soient présents.

Les canaux se contredisent. La publicité promet une chose, le contenu en dit une autre, la page de vente une troisième. Personne n'a tort individuellement, et l'ensemble ne tient pas.

Les décisions remontent toutes au dirigeant. Si le budget publicitaire du mois, le message de la prochaine campagne et la priorité de la semaine passent tous par la même personne qui a par ailleurs une entreprise à diriger, le marketing avance au rythme des créneaux disponibles dans son agenda.

Personne ne peut dire ce qui a marché. Chaque canal rapporte ses propres chiffres, aucun ne se recoupe, et la question « d'où viennent nos clients » n'a pas de réponse claire.

À ce stade, deux chemins existent. Recruter un directeur marketing à temps plein, ce qui suppose un volume qui justifie le salaire. Ou faire porter la fonction par un directeur marketing externalisé, qui occupe le rôle sans le coût d'un poste permanent. Le second chemin convient aux entreprises qui ont besoin d'une tête marketing avant d'avoir la taille qui finance une tête marketing.

Écrire des fiches de poste qui filtrent

Une fiche de poste vague produit un volume de candidatures inutilisable et un recrutement au feeling.

Trois éléments changent la qualité des candidatures. Le premier est le chiffre dont la personne répond : pas ses missions, mais ce qui doit bouger grâce à elle. Le deuxième est le contexte réel, budget, taille d'équipe, stade de l'entreprise, parce que c'est ce qui permet à un bon candidat de savoir s'il peut réussir chez vous. Le troisième est une mise en situation courte dans le processus, qui remplace utilement une demi-heure d'entretien sur le parcours.

Un candidat qui répond bien à une mise en situation vaut plus qu'un curriculum vitae impeccable. Le marketing est un métier où l'écart entre savoir expliquer et savoir faire est particulièrement large.

Ce qu'une équipe mal séquencée coûte

Le coût ne se lit pas dans la masse salariale, il se lit dans le temps perdu.

Un acquéreur recruté trop tôt passe six mois à diffuser trois créas en boucle, il attribue la contre-performance au marché, et il part. Un rédacteur recruté sans trafic écrit des pages que personne ne voit. Un directeur recruté sans équipe fait de l'exécution qu'il n'aime pas et qu'il fait moins bien qu'un exécutant.

Dans les trois cas, l'entreprise conclut que le marketing ne fonctionne pas chez elle, alors qu'elle a simplement ouvert les postes dans un ordre qui ne permettait à personne de réussir.

C'est pour cette raison qu'une équipe incomplète mais séquencée bat presque toujours une équipe complète assemblée au hasard des opportunités.

Questions fréquentes

Quel est le premier poste marketing à recruter ?

Celui qui lève votre goulot actuel. Si vous avez du trafic et peu de ventes, ce n'est pas un acquéreur qu'il vous faut, c'est quelqu'un sur la conversion. Si vous convertissez bien mais manquez de volume, l'inverse. Le poste juste se déduit de vos chiffres, pas d'un organigramme type.

Faut-il un directeur marketing dès le départ ?

Pas dès le premier recrutement. Un directeur devient nécessaire quand les arbitrages entre canaux commencent à se contredire, en général à partir de trois ou quatre personnes. Avant cela, un dirigeant qui garde la main suffit, à condition qu'il ait le temps de la garder vraiment.

Vaut-il mieux recruter ou externaliser ?

Externalisez ce qui est ponctuel ou très technique, internalisez ce qui est quotidien et stratégique. Une agence média fonctionne bien, un responsable de la relation client interne aussi. L'erreur est d'externaliser l'arbitrage : personne d'extérieur ne peut décider à votre place où va le prochain euro.

Combien coûte une équipe marketing complète ?

La question précède rarement la bonne. Avant de chiffrer une équipe, chiffrez ce que chaque poste doit rapporter. Un poste qui ne se rembourse pas par un chiffre identifiable est un poste dont personne ne saura dire s'il a réussi.

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